Autoportraits, un peu d'histoire  #art

(Ceci est une archive d’article datant d’un de mes premiers blog.)

Bonjour à tous,

J’ai assisté ce week-end (les 8 et 9 décembre, donc) à un stage traitant de l’autoportrait. J’ai passé deux grosses journées, mais elle furent vraiment intéressantes et utiles. Ces deux journées, nous les avons entamées par une présentation autour de l’autoportrait dans l’histoire de l’art. Donc tout d’abord, un peu d’histoire…

Un peu d’histoire…

De l’autoportrait servant à revendiquer un statut social – au tout début, les artistes étaient assez bas sur cette échelle et n’étaient que peu considérés – à celui faisant figure de dévoilement, en passant par l’autobiographique, le personnel, la présentation donnée par Marlène Gossman a donc évoqué la place de cette pratique au court des siècles, du moyen-âge où elle n’existait que par quelques rares exemples – le frère Rufillus se représentant dans une enluminure – à nos jours où elle revêt des formes de plus en plus originales. Nous avons donc évoqué plusieurs grands artistes et leurs différentes manières de se représenter. Je vais faire un résumé de tout cela sans tous les évoquer et essayer de plus me concentrer sur les différents aspects de cette pratique. Notez qu’une majeure des commentaires faits par la suite sont personnels !

Au tout début de la renaissance, Jan Van Eyck apparait comme un exemple fort intéressant. Il apparaîtrait dans le tableau « Le portrait des époux Arnolfini » , dans le reflet du miroir, ce dernier se trouvant lui-même sous l’inscription « Jan Van Eyck fut ici ». On remarque bien ici la volonté des artistes de s’affirmer mais elle n’est encore que très pudique et peu prononcée. Cet exemple date de 1434.

Puis tout s’enchaîne. Les représentations deviennent des oeuvres à part entière, présentant le peintre tel une figure érudite et idéale comme l’ « Autoportrait à la fourrure » de Albrecht Dürer, réalisé en 1500 ou la création de Nicolas Poussin en 1650. Le contre exemple, qui par ailleurs me plaît énormément, se trouve chez Caravage et son « Jeune Bacchus Malade » (1593), une oeuvre – à mon avis – assez dérangeante et malsaine, présentant l’excès, le délabrement… Du moins, dès que je pose mon regard sur cette réalisation, je me sens presque mal, allez savoir pourquoi. Ainsi, déjà à cette époque, on remarque deux écoles : soit une certaine idéalisation de l’artiste, soit une représentation de la réalité de ce dernier, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Le premier point insère alors la question du mensonge dans l’autoportrait, comme elle pourrait l’être dans l’autobiographie.

Suis alors Rembrandt (1606-1669) qui réalisa une centaine d’autoportraits au cours de son existence. Tous réunis, ils forment comme une autobiographie de son vieillissement ou de ses émotions, sans artifices et sans mensonges – présence de rides, etc. Dans le même genre, on trouve deux siècles plus tard Gustave Courbet (1819-1877) qui multiplie ses portraits narratifs comme pour montrer son existence, dans un but relativement narcissique mais ambitieux – se faire un nom. L’exemple du premier est assez intéressant, je pense, levant le rideau sur un autre aspect de l’autoportrait agissant comme un vecteur d’intemporalité de l’artiste, ce dernier laissant une autobiographie en image de sa vie après sa mort. De plus, il établit un lien fort entre l’oeuvre celui qui la regarde, lui ouvrant les portes de ses émotions et de sa vie. Ou donc, comme Courbet, servant à prouver quelque chose, atteindre un but et montrer au monde son existence à travers son image – on verra après le contre-pied magistral de Duchamp concernant cela. Bien plus tard, en 1927, on compte aussi les photographies de Claude Cahun, qui se met en scène dans des images révélant son androgynéité et dans lesquelles elle se travestit tour à tour en homme ou en femme pour chercher comme une neutralité du sexe. Cette dimension d’identité sexuelle est assez intéressante, je trouve, toute la mise en scène étant vouée à une recherche de soit – contrairement à Rembrandt et Courbet.

Nous avons aussi traité deux tableaux assez mystérieux dans l’histoire de l’art comme « Les Ménines » de Velasquèz (1659), ou encore « L’art de la peinture » (1666) de Vermeer, une allégorie de la peinture complexe, reprenant pourtant de nombreux éléments de la peinture classique – comme le rideau. L’analyse de cette dernière oeuvre est assez intrigante, d’ailleurs. En effet, elle représente le peintre dans son intérieur mais on peut se demander comment ce dernier a pu se peindre de dos avec une telle homogénéité de lumière – que ne rendrait pas un jeu de miroir – : ne serait-ce donc point Vermeer mais un modèle ? Le mystère est complet ! Quand aux « Ménines » , je vous invite à lire l’histoire du tableau, assez intéressante. En tout cas, l’oeuvre de Vermeer permet de nous montrer le travail de l’artiste dans son environnement, assez intimiste et d’habitude fermé aux yeux de tous – ce point est suggéré par le rideau qui s’ouvre sur la scène, du moins c’est mon interprétation. Enfin, on peut considérer le travail (1663) de Adriaen Van Ostade comme le contre-pied – antérieur – de ce tableau, présentant un environnement plus délabré, renvoyant à l’image de bohème.

Je passe quelques artistes que nous avons traités pour arriver à une réalisation qui m’a vraiment touché, « Désespoir » (1893) de Edvard Munch. Un autoportrait poignant réalisé après une crise de l’artiste alors qu’il marchait, durant laquelle il dit avoir entendu un cri strident – oui, cette oeuvre est en quelque sorte à l’origine du « Cri » . Je pense que cette oeuvre lève le voile sur une autre fonction de l’autoportrait qui se place alors comme un genre de thérapie, un déballage de toutes les émotions de l’artiste sur la toile qui me fait notamment penser aux poètes écrivant pour survivre lors des différentes guerres, comme Apollinaire ou dans un même contexte à l’artiste Otto Dix et son triptyque sur la première guerre mondiale. Enfin, moi qui travaille assez activement sur l’angoisse en ce moment, j’ai été saisi par le « Désespoir » de Munch qui représente cette émotion avec une troublante justesse…

Un autre aspect radicalement différent de notre pratique arrive avec Picasso. En effet, l’autoportrait cubiste de ce dernier, réalisé en 1907, ne ressemble que peu au peintre. En le regardant, on en arrive tout de suite à la conclusion : « C’est UN Picasso » au lieu de « C’est Picasso« . L’autoportrait ici agit comme une représentation du style et non de l’artiste, reniant alors l’aspect « classique » de cette pratique. On trouve aussi Tony Cragg qui a réalisé des autoportraits avec des objets, en 1980 – réalisation qu’on pourrait presque considérer comme une critique métaphorique de notre société de consommation, de surcroît. Enfin, dans cette dimension toujours moins représentative de l’aspect physique de l’artiste, on trouve aussi Arman et l’ “Autoportrait-robot” , réalisé avec seulement des objets liés à la vie, au quotidien de l’artiste. Encore une fois, un exemple très intéressant, l’oeuvre étant alors très personnelle, mettant en scène des objets dont seul l’artiste connait la signification. Encore plus étonnant, Daniel Spoerri qui en 1977 photocopie toutes les pages de son passeport pour les coller et en faire une oeuvre étonnante.

On en arrive enfin à Marcel Duchamp que j’ai évoqué tout à l’heure. Ici, il s’agit de sont « Autoportrait signature ». Il agit presque comme un retour aux sources, en écho à la signature de Van Eyck (voir plus haut)… Pour autant, je vois cette oeuvre comme un énorme pied de nez aux conventions, Duchamp montrant ici le pouvoir de la seule signature. En effet, celle-ci a vraiment une place symbolique dans ses réalisations : un objet avec sa signature apposé devient une oeuvre d’art. Alors, bien sûr, tout un débat pourrait s’ouvrir quant à la vraie démarche artistique… Mais je considère qu’étant le premier à avoir osé cela, le travail de Duchamp est intéressant. En tout cas, cet « autoportrait » est une belle manière de scander : « Hé, regardez tout ce que ma seule signature peut faire et à quel point elle me désigne comme si elle était une oeuvre à part entière ».

Pour conclure…

Qu’il serve à revendiquer un statut, n’importe quoi ou qu’il ait pour but le dévoilement, la biographie, la recherche voire même la thérapie, l’autoportrait est un genre très vaste et vraiment ancré dans l’histoire de l’art. D’abord un moyen de représenter l’artiste, il a évolué au fil du temps en un moyen d’expression à part entière. En tout cas, j’ai vraiment trouvé tout cela intéressant. Outre la simple représentation de l’artiste, la plupart des autoportrait créent comme un lien privilégié avec le spectateur, l’artiste partageant la vision qu’il a de sa propre personne. Au demeurant, cette pratique est un excellent moyen de s’exercer, le modèle étant alors toujours disponible (je vous jure).

Ainsi donc se termine cet article, qui ne se prétend pas du tout être un cours d’histoire de l’art, mais un résumé commenté d’une excellente présentation. Forcément, il n’est pas exhaustif, quoique assez fournis, à mon sens.